En bref : Pour choisir un logiciel MES, ne commencez pas par comparer les fonctionnalités des éditeurs. Commencez par identifier les problèmes de votre atelier, cartographier vos processus, définir les données et indicateurs réellement utiles, puis vérifier l’intégration avec votre ERP, vos machines et vos outils existants. Le bon MES n’est pas celui qui propose le plus de fonctionnalités : c’est celui qui répond à vos besoins terrain sans complexifier vos opérations.
Comment choisir un logiciel MES ? 10 critères pour cadrer son projet avant de consulter les intégrateurs
Choisir un logiciel MES ne devrait pas commencer par une démonstration commerciale. Pourtant, c’est souvent ce qui se passe. Une entreprise décide de digitaliser sa production, contacte plusieurs éditeurs ou intégrateurs, assiste à trois démonstrations… et se retrouve avec trois solutions qui semblent toutes capables de « suivre la production en temps réel ».
Le problème n’est alors plus de trouver un logiciel MES.
Le problème est de savoir lequel répond réellement aux besoins de l’atelier.
Avant de comparer les solutions, il faut donc savoir ce que l’on veut améliorer, quelles données doivent circuler et comment le futur MES devra s’intégrer dans l’organisation existante.
Qu’est-ce qu’un logiciel MES ?
Un logiciel MES, pour Manufacturing Execution System, est un système qui permet de suivre, piloter et tracer l’exécution de la production dans un atelier industriel.
Situé entre le terrain et les outils de gestion de l’entreprise, il peut notamment centraliser :
- les ordres de fabrication ;
- les données de production ;
- les temps d’arrêt ;
- les quantités produites ;
- les rebuts et non-conformités ;
- la traçabilité des matières et produits ;
- les contrôles qualité ;
- les instructions destinées aux opérateurs ;
- les indicateurs de performance.
Le MES peut également communiquer avec l’ERP, le WMS, les machines, les automates ou encore les systèmes de collecte de données. Mais toutes les entreprises n’ont pas besoin des mêmes fonctions. C’est justement là que commence le choix.
Avant de choisir un MES : partez du problème, pas du logiciel
La première question n’est pas : « Quel est le meilleur logiciel MES ? » Mais plutôt : « Qu’est-ce qui nous empêche aujourd’hui de piloter correctement notre production ? »
Par exemple :
- les responsables découvrent les retards trop tard ;
- les opérateurs ressaisissent certaines informations ;
- personne ne connaît précisément les causes des arrêts ;
- les ordres de fabrication sont encore suivis sur papier ou Excel ;
- la traçabilité d’un lot nécessite plusieurs recherches ;
- les données présentes dans l’ERP ne correspondent pas toujours à la réalité du terrain
- les indicateurs sont disponibles à J+1, J+7 ou en fin de mois ;
- les équipes utilisent plusieurs outils qui ne communiquent pas entre eux.
Ces symptômes ne nécessitent pas systématiquement le même MES. Un atelier qui cherche avant tout à fiabiliser sa traçabilité n’aura pas le même cahier des charges qu’une usine qui souhaite automatiser le calcul du TRS ou supprimer la saisie manuelle des ordres de fabrication.
Vous préparez un projet MES ?
Hecatis peut intervenir en amont du choix de la solution pour analyser les processus, formaliser les besoins et cadrer le projet avant la consultation des éditeurs ou intégrateurs.
Cartographier les processus avant de rédiger le cahier des charges
Une cartographie des flux, notamment à travers une Value Stream Mapping (VSM), permet de visualiser le fonctionnement réel de la production : circulation de l’information, étapes de fabrication, stocks intermédiaires, contrôles, attentes, saisies manuelles et points de rupture. L’objectif n’est pas de reproduire numériquement un processus imparfait.
Il est d’abord de comprendre :
- quelles étapes apportent réellement de la valeur ;
- quelles informations sont nécessaires ;
- où apparaissent les pertes de temps ou erreurs ;
- quelles données doivent remonter automatiquement ;
- quelles opérations pourraient être simplifiées avant même l’installation d’un logiciel.
C’est seulement ensuite que l’on peut définir les fonctionnalités attendues du futur MES.
Les 10 critères à analyser pour choisir un logiciel MES
| Critère | Question à se poser |
|---|---|
| 1. Besoin métier | Quel problème voulons-nous réellement résoudre ? |
| 2. Processus | Le MES s’adapte-t-il à notre fonctionnement terrain ? |
| 3. Données | Quelles informations doivent être collectées automatiquement ? |
| 4. KPI | Quels indicateurs seront réellement utilisés pour décider ? |
| 5. Intégration | Le MES communique-t-il avec notre ERP, WMS et nos équipements ? |
| 6. Ergonomie | Les opérateurs pourront-ils réellement l’utiliser facilement ? |
| 7. Traçabilité et qualité | Le niveau de suivi correspond-il à nos contraintes métier ? |
| 8. Évolutivité | La solution pourra-t-elle évoluer avec notre usine ? |
| 9. Coût global | Quel sera le coût réel du projet au-delà des licences ? |
| 10. Accompagnement | Qui cadrera, intégrera et fera vivre la solution ? |
1. Définir précisément les besoins de l’atelier
Un projet MES peut poursuivre des objectifs très différents. Certaines entreprises cherchent à :
- digitaliser les ordres de fabrication ;
- améliorer la traçabilité ;
- supprimer le papier ;
- suivre la production en temps réel ;
- comprendre les arrêts machines ;
- améliorer la qualité ;
- calculer automatiquement certains KPI ;
- guider les opérateurs ;
- réduire les ressaisies ;
- centraliser les informations de production.
Vouloir couvrir tous ces sujets dès le premier déploiement est rarement la meilleure approche. Il est préférable de hiérarchiser les besoins entre : indispensables, utiles, évolutions futures. Cette priorisation évite de sélectionner une solution surdimensionnée ou, à l’inverse, trop limitée pour les besoins qui arriveront quelques mois plus tard.
2. Vérifier que le MES s’adapte aux processus réels
Deux entreprises qui fabriquent le même type de produit peuvent travailler de façon très différente. La solution doit pouvoir s’adapter :
- aux gammes de fabrication ;
- aux différents postes de travail ;
- aux contrôles intermédiaires ;
- aux changements de série ;
- aux opérations manuelles ;
- aux flux de matières ;
- aux règles qualité ;
- aux différents niveaux de traçabilité.
Un logiciel qui oblige l’entreprise à multiplier les contournements pour respecter son fonctionnement quotidien crée rapidement de nouveaux fichiers Excel et de nouvelles saisies parallèles. Autrement dit : si les équipes doivent contourner le MES pour travailler, le problème n’est pas vraiment réglé.
3. Déterminer quelles données doivent être collectées
Un MES repose sur la donnée terrain. Mais collecter davantage de données n’améliore pas automatiquement la production. Il faut déterminer quelles informations permettront réellement de prendre une décision ou de déclencher une action. Selon les ateliers, cela peut concerner :
- le début et la fin d'un ordre de fabrication ;
- les quantités produites ;
- les rebuts ;
- les temps de cycle ;
- les causes d'arrêt ;
- les numéros de lot ;
- les matières consommées ;
- les contrôles qualité ;
- les paramètres machines ;
- les temps opérateurs.
Il faut ensuite déterminer comment ces données seront récupérées :
- saisie opérateur ;
- scanner code-barres ;
- RFID ;
- automate ;
- machine ;
- ERP ;
- autre logiciel.
Le choix du MES doit donc également prendre en compte les équipements et technologies de collecte déjà présents dans l’usine.
4. Choisir les KPI avant de choisir les tableaux de bord
Les démonstrations de logiciels MES montrent souvent des tableaux de bord remplis de graphiques. C’est visuellement convaincant. Mais un indicateur n’a d’intérêt que s’il permet à quelqu’un de prendre une décision. Avant de comparer les dashboards, posez trois questions :
- Qui utilise cet indicateur ?
- À quelle fréquence ?
- Quelle décision doit-il permettre de prendre ?
Selon les objectifs, vous pourrez notamment suivre :
- le TRS ;
- la disponibilité des équipements ;
- les temps d’arrêt ;
- le taux de rebut ;
- le respect du planning ;
- le rendement ;
- les temps de cycle ;
- les écarts entre temps prévu et temps réel ;
- l'avancement des ordres de fabrication.
L’objectif n’est pas d’avoir le tableau de bord le plus impressionnant. C’est d’avoir la bonne information, au bon moment, pour la bonne personne.
5. Vérifier l’intégration avec l’ERP, le WMS et les équipements
Un MES ne doit pas devenir un nouveau silo. Il doit s’intégrer à l’environnement informatique et industriel existant. Il faut donc étudier précisément les échanges avec :
- l’ERP ;
- le WMS ;
- la GPAO ;
- les machines ;
- les automates ;
- les scanners ;
- les systèmes RFID ;
- la GMAO ;
- les outils qualité ou de Business Intelligence.
Prenons un exemple simple. L’ERP peut transmettre au MES un ordre de fabrication et les informations nécessaires à son exécution. Le MES récupère ensuite les données réellement constatées dans l’atelier, puis renvoie les informations utiles vers l’ERP. Cela évite qu’un opérateur ou un responsable doive ressaisir manuellement la même donnée dans plusieurs systèmes. Lors de la consultation des solutions, il faut donc demander précisément :
- quelles interfaces existent déjà ;
- quelles données peuvent entrer et sortir du MES ;
- à quelle fréquence les systèmes communiquent ;
- quelles interfaces nécessitent du développement spécifique ;
- qui sera responsable de leur maintenance.
6. Tester l’ergonomie auprès des opérateurs
C’est probablement l’un des critères les plus sous-estimés. Un MES peut être techniquement excellent et échouer sur le terrain parce qu’il ajoute cinq clics à chaque opération. Les opérateurs seront parmi les principaux utilisateurs du système. Leur expérience doit donc être étudiée dès la phase de sélection. Pendant une démonstration, ne regardez pas uniquement l’interface destinée au directeur industriel.
Demandez à voir concrètement comment un opérateur :
- démarre un ordre de fabrication ;
- déclare une quantité ;
- indique un arrêt ;
- réalise un contrôle ;
- consulte une instruction ;
- déclare une non-conformité ;
- change d’opération.
Une interface claire réduit les erreurs et facilite l’adoption du nouvel outil. Et surtout : impliquez les utilisateurs terrain dans le projet avant le choix définitif de la solution.
7. Évaluer les besoins de traçabilité et de qualité
Selon l’activité, la traçabilité peut être une fonctionnalité secondaire… ou la raison principale du projet. Le futur MES doit pouvoir gérer le niveau de précision nécessaire :
- matières premières ;
- composants ;
- lots ;
- numéros de série ;
- produits semi-finis ;
- opérations réalisées ;
- opérateurs ;
- machines ;
- contrôles qualité ;
- non-conformités.
L’objectif est de pouvoir reconstruire rapidement l’historique d’un produit lorsque cela est nécessaire. Les fonctionnalités qualité doivent également correspondre aux processus réels : plans de contrôle, validations, blocages, alertes, documents, instructions ou gestion des non-conformités.
8. Vérifier la modularité et l’évolutivité de la solution
Votre atelier ne fonctionnera probablement pas exactement de la même manière dans trois ou cinq ans. Le logiciel doit donc pouvoir évoluer avec :
- de nouvelles lignes ;
- de nouvelles machines ;
- de nouveaux produits ;
- un second site ;
- de nouveaux indicateurs ;
- des exigences qualité supplémentaires ;
- une évolution de l’ERP ;
- de nouveaux besoins de traçabilité.
Pour une PME industrielle notamment, un déploiement progressif peut être plus pertinent qu'un projet « big bang ». Vous pouvez commencer par un atelier, une ligne ou un besoin prioritaire, mesurer les résultats puis étendre la solution. La modularité devient alors un véritable critère de sélection.
9. Comparer le coût total du projet, pas seulement la licence
Comparer deux logiciels uniquement sur leur abonnement ou leur licence donne une vision très incomplète. Le coût réel d’un projet MES peut inclure :
- les licences ;
- le paramétrage ;
- l’intégration ;
- les interfaces avec l’ERP ou les machines ;
- les équipements de collecte ;
- les développements spécifiques ;
- la migration des données ;
- la formation ;
- le support ;
- la maintenance ;
- les évolutions futures.
Il faut donc raisonner en coût total de possession et mettre ce montant en regard des gains recherchés. Ces gains peuvent notamment provenir de la diminution des ressaisies, des erreurs, des arrêts non expliqués, des rebuts ou du temps consacré à reconstruire l’information. Un ROI crédible commence donc par une situation initiale correctement mesurée.
10. Évaluer l’accompagnement autant que le logiciel
Un projet MES n’est pas uniquement un projet informatique. Il touche directement :
- la production ;
- la qualité ;
- les méthodes ;
- la maintenance ;
- la logistique ;
- l’informatique ;
- les opérateurs.
La qualité de l’accompagnement est donc aussi importante que les fonctionnalités de l’outil. Avant de choisir un partenaire, vérifiez notamment :
- son expérience du terrain industriel ;
- sa capacité à comprendre vos processus ;
- sa méthode de cadrage ;
- sa maîtrise des interfaces avec votre système d’information ;
- son organisation pendant le déploiement ;
- la formation prévue ;
- le support après la mise en production ;
- la manière dont seront gérées les évolutions.
Un bon intégrateur ne doit pas uniquement savoir paramétrer le logiciel. Il doit être capable de comprendre ce qui se passe réellement dans votre atelier.
Faut-il rédiger un cahier des charges MES ?
Oui, mais il n’est pas nécessaire de produire immédiatement un document de 100 pages. Un bon cahier des charges MES doit surtout permettre aux différents prestataires de répondre au même besoin.
Il peut contenir :
- le contexte industriel ;
- les problèmes actuels ;
- les objectifs du projet ;
- les processus concernés ;
- les utilisateurs ;
- les données à collecter ;
- les fonctionnalités indispensables ;
- les interfaces nécessaires ;
- les équipements concernés ;
- les KPI attendus ;
- les contraintes techniques ;
- le périmètre du premier déploiement ;
- les critères de réussite du projet.
Plus le besoin est clair avant la consultation, plus il devient facile de comparer objectivement les solutions proposées.
Les erreurs fréquentes lors du choix d’un logiciel MES
Comparer uniquement les listes de fonctionnalités
Deux solutions peuvent toutes les deux annoncer « suivi des OF », « traçabilité » ou « tableaux de bord » et fonctionner très différemment sur le terrain. Testez les scénarios réels.
Oublier les utilisateurs terrain
Une solution imposée sans implication des opérateurs risque de générer contournements, erreurs et rejet.
Vouloir tout digitaliser dès le départ
Commencer trop large augmente la complexité.
Un périmètre pilote permet souvent de sécuriser le projet avant son extension.
Sous-estimer les interfaces
Le MES ne vit pas seul.
Les échanges avec l’ERP, les machines et les autres logiciels doivent être cadrés dès le début.
Digitaliser un mauvais processus
C’est probablement le piège le plus coûteux.
Automatiser un processus inutilement complexe ne le rend pas meilleur. Cela permet simplement de réaliser plus rapidement… quelque chose qui aurait peut-être dû être simplifié avant.
Et la solution MES QUBES ?
Hecatis intègre notamment le logiciel MES QUBES pour répondre aux problématiques de pilotage, de suivi de production, de traçabilité et de collecte des données terrain.
La solution peut notamment s’intégrer avec les systèmes ERP, WMS, automates, scanners et autres équipements présents dans l’environnement de production. Mais notre approche reste la même : le choix de l’outil vient après l’analyse du besoin.
L’objectif n’est pas d’installer davantage de logiciel. L’objectif est de mettre en place un système qui facilite réellement le travail des équipes et permette de mieux piloter la production.
Vous hésitez entre plusieurs solutions MES ou vous ne savez pas encore précisément ce qu’il vous faut ?
Hecatis peut vous accompagner depuis l’analyse des processus et la rédaction du besoin jusqu’à l’intégration et au déploiement.
FAQ - Choisir un logiciel MES
Pour choisir un logiciel MES, commencez par identifier les problèmes de production à résoudre et les processus concernés. Définissez ensuite les données à collecter, les KPI nécessaires, les interfaces avec votre ERP ou vos équipements et les besoins des opérateurs. Vous pourrez alors comparer les solutions sur une base commune plutôt que sur leur nombre de fonctionnalités.
Les fonctionnalités dépendent du besoin de l’entreprise. Un MES peut notamment gérer les ordres de fabrication, la collecte des données terrain, la traçabilité, la qualité, les arrêts, les instructions opérateurs et les indicateurs de performance. Toutes ces fonctions ne sont pas indispensables pour chaque atelier.
L’ERP gère principalement les ressources et les processus de gestion de l’entreprise, tandis que le MES se concentre sur l’exécution de la production dans l’atelier. Les deux systèmes peuvent échanger des informations : l’ERP transmet par exemple les ordres de fabrication et le MES lui renvoie les données réellement constatées sur le terrain.
Oui, à condition de choisir un périmètre et une solution adaptés. Une PME peut commencer par digitaliser un atelier, une ligne ou un problème prioritaire avant d’étendre progressivement le système. La modularité, l’ergonomie et la facilité d’intégration sont particulièrement importantes.
Le cadrage permet de formaliser les problèmes, objectifs, processus, fonctionnalités et interfaces nécessaires. Les différents prestataires répondent alors au même besoin, ce qui facilite la comparaison des offres et réduit le risque de choisir une solution mal adaptée.
À propos de l'auteur
Julien Jouan
Fondateur d'Hecatis
Hecatis est un cabinet de conseil basé à Rouen qui accompagne les TPE et PME industrielles et logistiques dans l'optimisation puis la digitalisation de leurs processus (Lean Management, cartographie VSM, MES, WMS, traçabilité RFID et code-barres). Il intervient directement sur le terrain, de l'analyse des processus jusqu'au déploiement des outils de suivi de production. 📩 contact@hecatis.fr — Profil LinkedIn